Les États membres de l’Union européenne ne voteront pas le 6 octobre sur le Full Self-Driving (Supervised) de Tesla. Leur comité technique consacrera seulement 25 minutes à une « poursuite des discussions » sur ce dossier, et sa réunion suivante, en décembre, sera la première occasion d’un vote.

Renvoyé aux calendes Grecques, le FSD de Tesla ?
Le 6 octobre, de 11 h 45 à 12 h 10, les représentants des Vingt-Sept et de la Commission européenne réunis au sein du Comité technique des véhicules à moteur (TCMV) poursuivront l’examen de la demande d’autorisation déposée par les Pays-Bas au titre de l’article 39, sans la mettre aux voix, à en croire le projet d’ordre du jour de cette 119e réunion. Le 1er septembre, Tesla Europe avait évoqué un possible vote à l’échelle de l’UE ce jour-là, dans un message publié sur X. Les membres du TCMV ne tiendront aucune autre réunion avant décembre et le constructeur devra donc patienter au moins deux mois de plus , nous rapporte Reuters. Pourquoi les Vingt-Sept hésitent-ils encore à étendre à toute l’Union un système homologué aux Pays-Bas depuis avril ?
Tesla loin de la majorité qualifiée
Le 10 avril, l’autorité néerlandaise des véhicules RDW a délivré au FSD (Supervised) sa première homologation européenne, en vertu du règlement n° 171 de l’ONU et de l’exemption prévue par l’article 39 du règlement (UE) 2018/858. Pour tout système encadré par le règlement n° 171, une surveillance du conducteur par caméra est obligatoire, avec des alertes progressives en cas d’inattention. Depuis avril, la Lituanie, l’Estonie, le Danemark, la Belgique, la Slovénie et la République tchèque ont reconnu l’homologation néerlandaise, Prague en dernier, le 21 septembre, à titre provisoire. Les sept pays qui autorisent le FSD (Supervised) rassemblent environ 53 millions d'habitants, soit 12 % de la population de l’Union.
Pour une autorisation à l’échelle de l’UE, Tesla a besoin du soutien d’au moins 15 États membres sur 27, qui rassemblent 65 % de la population, soit environ 292 millions de personnes. Sans l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne, dont les habitants forment plus de la moitié de la population européenne, ce seuil est hors de portée. Paris a d’ailleurs infléchi sa position début septembre et autorisé des essais du FSD (Supervised) sur route, après une visioconférence entre Elon Musk et le ministre des Transports Philippe Tabarot. L’UTAC est chargée en France des essais et de l'homologation de véhicules. Ses ingénieurs évaluent deux Tesla équipées du système, sans se contenter des données transmises par le constructeur.
Tesla a rendu publics début septembre ses chiffres de sécurité, avec plus de 70 000 clients européens et plus d’un million de kilomètres parcourus chaque jour sous FSD (Supervised). D’après le constructeur, ses conducteurs ont eu 4,1 fois moins d’accidents qu’en conduite manuelle, sur 100 millions de kilomètres parcourus entre avril et août dans cinq pays, mais aucun organisme indépendant n’a audité ces données. Plusieurs gouvernements reprochent surtout au système sa tolérance aux excès de vitesse. En juillet, Philippe Tabarot avait refusé le FSD en France au motif qu’une Tesla sous FSD pouvait rouler à 70 km/h en zone limitée à 50 km/h, si le reste du trafic allait plus vite. La Suède a demandé à l’UE de rejeter le système sauf si Tesla supprime la possibilité de le régler au-dessus de la vitesse autorisée, rapporte Electrek. Une association bruxelloise de défense des piétons a par ailleurs relevé des dépassements sur 55 % des tronçons limités à 30 km/h qu’elle a testés. Les pays qui ont approuvé le FSD rappellent, de leur côté, que le conducteur est responsable du respect du code de la route.
Tesla contraint d’attendre décembre
Tesla espérait une homologation néerlandaise dès février 2026, puis Elon Musk avait évoqué un déploiement européen pour l’été, avant que le TCMV n’examine le dossier en juin sans le mettre aux voix. Le 6 octobre, ses membres en seront à leur troisième discussion sur la demande néerlandaise, toujours sans vote. En mars 2024, le comité avait en revanche validé le système de conduite mains libres BlueCruise de Ford, avec l’Allemagne pour pays parrain. Interrogée par Reuters, l’autorité néerlandaise RDW a refusé tout pronostic sur la discussion ou sur un éventuel vote.
Tesla compte sur l’homologation du FSD pour relancer ses ventes en Europe, où la marque cherche à reprendre des parts de marché aux constructeurs chinois de voitures électriques. Si le constructeur n’a pas répondu aux questions de Reuters, son P-.D.G Elon Musk a commenté le report d’un seul mot, « soupir », en réponse à une publication sur X, comme vous pouvez le voir dans la publication ci-dessus.
En attendant décembre, les conducteurs de Tesla peuvent activer le FSD (Supervised) dans sept pays de l’Union, mais pas en France, où seuls les essais de l’UTAC sont autorisés. Le 6 octobre, en fin de réunion, les membres du TCMV feront aussi le point sur l’articulation entre l’AI Act et les futurs textes d’application pour les systèmes de conduite automatisée produits en grande série.